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Victor Hugo, Poète éternel – Extrait 2, pages 168/169

Garde à jamais dans ta mémoire,
Garde toujours
Le beau roman, la belle histoire
De nos amours !

Moi, je vois tout dans ma pensée,
Tout à la fois !
La trace par ton pied laissée
Au fond des bois,

Les champs, les pelouses qui cachent
Nos verts sentiers,
Et ta robe blanche où s’attachent
Les églantiers,

Comme si ces fleurs amoureuses
Disaient tout bas :
– Te voilà ! Nous sommes heureuses !
Ne t’en va pas !

Je vois la profonde ramée
Du bois charmant
Où nous rêvions, toi, bien aimée,
Moi, bien aimant;

Viens ! La saison n’est pas finie,
L’été renaît,
Cherchons la grotte rajeunie
Qui nous connaît;

Là, le soir, à l’heure où tout penche,
Où Dieu bénit,
Où la feuille baise la branche,
L’aile le nid,

Tous ces objets saints qui nous virent
Dans nos beaux jours
Et qui, tout palpitants, soupirent
De nos amours,

Tous les chers hôtes du bois sombre
Pensifs et doux,
Avant de s’endormir, dans l’ombre,
Parlent de nous.

Là, le rouge-gorge et la grive
Dans leurs chansons,
Le liseron et, dans l’eau vive,
Les verts cressons,

La mouche aux ailes d’or qui passe,
L’onde et le vent,
Chuchotent sans cesse à voix basse
Ton nom charmant.

Jour et nuit, au soir, à l’aurore,
À tous moments,
Entre eux ils redisent encore
Nos doux serments…

 
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