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Victor Hugo, Poète éternel  – Extrait 1, extrait de la correspondance avec Léonie d’Aunet

Je me lève, et ma première pensée du jour est pour toi comme mon dernier rêve de la nuit a été pour toi. Je me hâte de t’écrire, et sais-tu ce que je veux te dire ? Je veux te dire que je t’aime, que je t’adore, que je suis à genoux devant toi, que ta lettre hier soir m’a ravi, que le souvenir de t’avoir vu avant-hier me charme, que l’espérance de te voir demain me transporte. Ô ma bien-aimée, je t’ai dit déjà cent fois, mille fois, tout ceci ; c’est toujours la même chose, et c’est parce que c’est toujours la même chose que c’est l’amour. Te rappelles-tu ce que je te disais un jour : l’amour est pour le monde de l’âme ce qu’est le soleil pour le monde de la matière. Le soleil ne gagnerait rien à changer de couleur tous les matins. Il est toujours le même. À quoi bon changer ? Il est le soleil. L’amour se lève tous les jours dans nos coeurs avec la même flamme et le même rayonnement. Qu’aurions-nous à lui demander autre chose ? Il est l’amour.

 

(…)

Demain je ne rêverai plus ; demain tout l’amour qui est en moi et tout l’amour qui est en toi se confondront et s’uniront dans une seule volupté, dans une seule extase, dans un seul rayon. Demain tu prendras mon âme et je prendrai la tienne. Aujourd’hui, ange, nous sommes retombés sur la terre, demain nous revolerons au ciel !

 

(…)

Comme cela est vrai, n’est-ce pas, que la lumière réelle, la seule lumière est celle qu’on a en soi ! Quand nous sommes réunis, ma bien-aimée, que nous sentons, que nous voyons, que nous touchons, que nous mêlons notre amour, nous sommes profondément ravis et heureux, et nous croyons, quand même la chambre est triste, quand même le ciel est sombre, que toute chose rayonne autour de nous. Non pas. C’est nous qui rayonnons sur toute chose. Nous sommes comme des vases transparents et lumineux où l’amour est allumé et resplendit. Aussi l’amour porte-t-il tout en lui, sa joie et sa douleur. Il est, comme Dieu, parce qu’il est. Aimons-nous, mon ange béni, il n’y a que cela dans la vie qui vaille la peine de vivre. Mais cela, c’est tout. Qui a cela touche à Dieu même. Aimer, c’est donner à autrui, par une sorte de pouvoir créateur, une existence supérieure ; être aimé, c’est la recevoir.

 

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